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Numéro 616

Vendredi 5 avril 2024

Edito

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Philippe Clément

Quoi ? Un milliard, seulement ?

Parue dans La Liberté (28.3), la nouvelle a de quoi choquer : selon un rapport des Nations Unies, en 2022, chaque habitant de la planète a jeté 79 kilos de nourriture. Soit environ un milliard de repas gaspillés par jour.

Pff… la belle affaire ! D’abord, c’était en 2022, ce qui, à l’aune des valeurs actuelles, est tellement vieux qu’on l’a déjà oublié ! Ensuite, il faut s’entendre sur la notion même de « repas », une notion extrêmement élastique selon qu’on la considère depuis la table cossue d’un cinq étoiles gastronomique, d’un EMS standard ou d’une portion aride et néanmoins pauvre de la planète. Le « repas » de la première pouvant facilement représenter « une semaine de repas pour tout le village » dans la dernière.

On peut également s’interroger sur la composition dudit « repas », puisque les délicates pousses de dents-de-lion qui passent bêtement sous ma tondeuse à gazon peuvent tout à fait représenter un ravigotant plat de résistance pour d’autres. Bref : l’énoncé même de ce massacre est peu clair.

Et puis c’est un peu facile, aussi, d’incriminer « les ménages » des pays riches, hein ? Comme si c’était de leur faute. Eux à qui les grandes surfaces proposent, à l’année, des oranges et des bananes, déjà pelées ! Et sous cellophane ! Tu m’étonnes, après, qu’on balance raves et rutabagas flétris pour se délecter de ces machins certes sans goût ni saveur, mais avec une si jolie couleur… Alors, stop ! Assez de déclarations culpabilisantes ! A l’époque – lointaine – déjà, ma mère me disait, l’œil sévère : « Finis ton assiette ! Au Biafra des enfants meurent de faim ! » Oui, et ? On met les restes dans des containers et on les renvoie par bateau au fin fond du globe ? Et le bilan carbone ?

Non, c’est vrai quoi ? Déjà à l’époque – encore plus lointaine – du Far West, alors qu’une bête nourrissait une tribu entière de Sioux ou de Kiowas, les « hommes blancs » canardaient des milliers de bisons juste pour en prélever la peau, laissant la viande pourrir dans la prairie. Finalement, les wokes n’ont pas tort : si on ne retient pas plus de l’Histoire, autant la réécrire !

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