
Vendredi 16 janvier
Edito

Stéphane Babey
Morts au nom du profit
Comme l’a écrit sur le Net l’auteur romand Antoine Jaquier, le drame de Crans-Montana peut se résumer ainsi : « Des adultes ont tué des enfants. » Les propriétaires par appât du gain, par négligence, par stupidité, l’enquête le dira. Les autorités communales par incompétence, par copinage, par corruption, l’enquête le dira aussi, on ose l’espérer.
Dans cette tragédie, les enfants ne sont considérés que comme un moyen de gagner davantage d’argent, en dépit de toutes les règles légales et morales. Ils sont exploités sans vergogne comme de la marchandise. Oui, c’est révoltant. Mais il convient de prendre un brin de recul. Car l’état d’esprit qui préside à un tel comportement n’est de loin pas unique en son genre. En réalité, c’est même une composante essentielle de l’économie numérique dans laquelle nous vivons.
Depuis plus de dix ans, des spécialistes alertent sur la dangerosité des réseaux sociaux. Ces vecteurs de haine, de désinformation, de prédation, de harcèlement, de dépression poussent les utilisateurs au suicide et à des comportements dangereux. Les jeunes, dépourvus des défenses mentales nécessaires, sont les premières victimes. Combien d’enfants ont-ils été tués par les géants du numérique ? Combien radicalisés, masculinisés, fascisés, poussés dans les bras du narcotrafic ? On l’ignore, car ce problème est complètement négligé. Et c’est désormais à l’IA que les plus jeunes sont livrés pieds et poings liés.
Les ogres du numérique qui ont fait fortune en dévorant nos enfants sont parfaitement au courant du problème. Et ils refusent d’agir pour ne pas réduire leurs revenus. Quand des États envisagent l’interdiction des réseaux avant 16 ans, Trump les menace de rétorsion.
Nos enfants sont des proies qui enrichissent les pires salopards de cette planète. Et presque personne n’y trouve à redire. Que ce soit dans un bar valaisan ou sur le web, jusqu’à quand laissera-t-on sans réagir les plus faibles être sacrifiés au nom
du profit ?


