
Vendredi 23 janvier
Edito

Laurent Flutsch
Si près d’Ubu !
Ubu roi : dans la pièce parodique, absurde et surréaliste d’Alfred Jarry publiée en 1895, le rôle-titre (ou le rôle-pitre) est celui d’un personnage ainsi décrit par Wikipédia : « Lâche, traître, naïf, bête, gros, goinfre, méchant et cupide, il incarne tous les vices les plus primaires, avec une cruauté enfantine. » Qu’on y ajoute « narcissique, menteur et violeur » et c’est Trump tout craché.
Interrogé le 7 janvier sur le respect qu’il daigne ou non accorder au droit international et sur ce qui peut délimiter son pouvoir global, le connard à l’orange a répondu : « Il n’y a qu’une chose, c’est ma propre moralité, mon propre esprit. »
La moralité et l’esprit, donc, d’un tyranneau égomaniaque, ignare et sexiste, à la fois sénile et puéril. Qui, tel un lardon couinant devant le rayon sucettes, serine qu’il veut le « contrôle complet et total » du Groenland. Et qui écrit le 19 janvier au Premier ministre norvégien : « Puisque votre pays a décidé de ne pas me décerner le prix Nobel de la paix pour avoir mis fin à huit guerres et plus, je ne me sens plus tenu de penser uniquement à la paix. » Ubu empereur : Jarry est dépassé, le surréalisme est réalité.
À quoi bon, dès lors, s’échiner à pondre un édito vaguement sensé sur Davos, Trump, le Groenland et l’Europe ? D’autant qu’à l’heure d’écrire ces lignes, mardi 20, le monarque et sa cour n’ont pas encore investi les Grisons. Les États européens vont-ils cesser les courbettes, résister fermement, lancer des rétorsions ? La rupture de l’Occident sera-t-elle consommée ? Ou bien va-t-on, avec poignées de mains et photo de groupe tout sourire, signer un bel accord de compromis, qui ne vaudra que jusqu’au prochain caprice d’Ubu ?
Quant à la Suisse, comme toujours, elle veillera à ne pas se mouiller par souci de ménager la chèvre, le chou et ses intérêts. Mais est-ce pertinent, le réalisme en plein surréalisme ?
Pas la peine d’essayer de rédiger un édito raisonnable, décidément : de tout façon, comme dirait Jarry, c’est la merdre.


