
Vendredi 6 février
Edito

Sebastian Dieguez
Chômage de chèvre
Se rappelle-t-on l’opprobre associé au mot « chômage » dans les années 1980 ? Le seul équivalent, en termes de souillure morale et de déchéance sociale, c’était l’épouvantable spectre du « divorce ». Si vos parents étaient « au chômage » et « divorcés », alors ça ne faisait pas un pli, vous étiez destiné à « faire des conneries » et même à finir chez « le psychologue ». Ah c’était le bon vieux temps !
Oui, parce qu’alors, au moins, le chômage vous donnait une sorte d’aura diabolique, vous étiez la cible d’un maléfice inexplicable qui suscitait ébahissement, compassion et un brin de terreur. Le chômeur était presque intéressant ! Aujourd’hui ? Bah, aujourd’hui le chômeur n’impressionne plus personne. Il ne fait même plus pitié. Au mieux, on s’en fout complètement, au pire, on le conçoit comme une sorte de vague emmerdement, même pas foutu de cocher les bonnes cases au bon moment. Jadis objet de disgrâce, le chômage est devenu une indication au coaching. Quelle chute !
Rien d’étonnant, par conséquent, à ce que le chômeur soit désormais la victime d’un bug informatique. Il n’y a pas plus sûr signe de mépris que d’être entièrement tributaire d’un système informatique défaillant, surtout quand votre survie au quotidien en dépend. Le Secrétariat d’État à l’économie s’est donc assuré les services du logiciel SIPAC 2.0, afin de rendre la vie impossible à la fois à ses employés et à ses « bénéficiaires ». Grâce à cette merveille, même le boulot de chômeur ne peut plus être fait correctement ! Et donc, oups, plus d’indemnités. Le drame, c’est qu’on ne peut même pas virer les responsables de ce fiasco : ça les mettrait au chômage, or le chômage ne marche pas, et il n’y aurait plus personne pour le réparer.
Que faire ? Mais rien ! Si certains font du mauvais boulot, ce n’est pas aux chômeurs de les dénoncer, puisque eux n’en ont même pas, de mauvais boulot. Ils n’avaient qu’à pas être au chômage, après tout ! Glandeurs et victimes ? Faut pas pousser, oh.


